braniya chiricahua




L'ancien se meurt, le nouveau ne parvient pas à voir le jour. Dans ce clair-obscur surgissent des monstres.
Antonio Gramsci

samedi 17 janvier 2015

POUR LE PEUPLE GREC ET SYRIZA ! APPEL


Alexis Tsipras
A l'initiative de Mohamed Harbi -historien, spécialiste du mouvement nationaliste algérien- et du docteur Sadek Hadjerès -dirigeant historique du Parti communiste algérien, puis du Parti de l'avant-garde socialiste-, nous appelons à soutenir le parti Syriza, défenseur des intérêts légitimes du peuple grec et de ses couches les plus défavorisées.

Une importante bataille électorale et politique, aux enjeux nationaux et internationaux multiples, va s’ouvrir en Grèce avant et après le 25 janvier.
L’aggravation d’une politique d’austérité meurtrière ne concerne pas seulement le peuple grec qui rejette la politique de misère et de subordination nationale aux diktats de la « Troïka » (FMI, Commission de Bruxelles et Banque Centrale européenne). Les récentes évolutions économiques et géopolitiques mondiales et régionales confirment que des dégradations, encore pires, menacent les peuples s’ils ne s’opposent pas efficacement aux politiques qui tendent littéralement à les écraser.
Cette bataille touche aux intérêts vitaux communs des travailleurs, des sans-emploi, des peuples et des Etats tout autour de la Méditerranée. Menacés dans leur souveraineté et leurs intérêts légitimes par les menées hégémonistes de l’OTAN, ces peuples affrontent dans leur quotidien, les assauts, de plus en plus violents, du néolibéralisme mondial contre leur niveau de vie, leurs acquis sociaux, leurs droits et libertés démocratiques, leurs aspirations à la paix et à la sécurité.
Les forces mobilisées autour de SYRIZA, apportent à tous la preuve qu’il est non seulement nécessaire mais surtout possible de mettre en échec le pillage des ressources nationales et les chantages réactionnaires. Ces menées et pressions visent à faire supporter aux peuples les conséquences désastreuses de la crise structurelle du capitalisme financier néolibéral. Ce qui effraie le plus ce dernier qui prétend dicter le vote des citoyens contre leurs propres intérêts légitimes, c’est que les luttes animées par la gauche radicale grecque proposent un programme alternatif -sérieux, constructif et mobilisateur- au chaos destructeur des politiques d’AUSTERITE. Ce programme et ces luttes ouvrent de nouvelles perspectives aux peuples et à leurs résistances, en Europe et partout dans le monde.
Ces luttes sociales et politiques en Grèce méritent notre solidarité active, sous toutes formes d’initiatives possibles. Tout comme la résistance nationale des peuples dominés, particulièrement celle du peuple palestinien pour le droit à la reconnaissance internationale de son Etat, ainsi que les luttes pour le respect des droits et de la dignité des immigrés et des réfugiés partout dans le monde. Ceci commence par donner une information appropriée sur les enjeux de cette bataille, face aux méga-mensonges et pilonnages médiatiques.
Soyons aux côtés des forces de gauche en Grèce contre la paupérisation et l’hégémonisme. C’est ainsi servir la cause commune des peuples, y compris le peuple algérien, pour faire reculer l’oppression et l’exploitation.
Le 7 janvier 2014.

LES PREMIERS SIGNATAIRES
Mohammed HARBI. Historien du mouvement national ; 
Sadek HADJERES. Ex-dirigeant communiste (1952-90) ; 
Daho DJERBAL. Universitaire historien ; 
Abdelkrim ELAIDI. Professeur universitaire ;
Lemnouer MERROUCHE. Historien ;
Abdelaziz SAOUDI. Journaliste (blog algerie.infos-saoudi) ; 
Omar BENDERRA. Militant associatif ;
Amel Dahane FARDEHEB. Doctorante historienne ; 
Aïssa KADRI. Professeur émérite ; 
Messaoud BENYOUCEF, écrivain
Ahmed MAHI. Dr-ing. Ancien membre direction du PAGS ; 
Hocine BELALLOUFI. Militant associatif et analyste géopolitique ; 
Youcef TOUNSI. Consultant, écrivain ; 
Farid CHERBAL. Maître de conférences et de recherche à l’USTHB ;
Noureddine SAADI. Universitaire et écrivain ; 
Saci BELGAT. Universitaire et militant associatif ; 
Arezki METREF. Ecrivain-journaliste ;
Aziz BENSADEK. Militant pour une alternative démocratique et sociale ; 
Mustapha GHOBRINI. Militant MDS ; 
Mohamed LOUNIS. Docteur en médecine ; 
Khider LOUELH. Auteur et militant associatif ; 
Boukkhalfa BENABDESSLAM. Docteur en médecine ;
Mokhtar CHAALAL. Ecrivain ; 
Salah BOUDI. Militant associatif ; 
Saïd BOUAMAMA. Sociologue, écrivain et militant associatif ; 
Ahmed DAHMANI. Enseignant-chercheur ;
Madjid BENCHIKH. Professeur émérite en Droit, ancien Doyen de la Faculté de Droit, ancien président d’Amnesty International Algérie ;
Fernand GALLINARI. Universitaire et ingénieur de projet ; 
Ali BENSAAD. Universitaire ; 
HOURRIYA. Militante associative ; 
Allal TEWFIQ. Militant associatif ;
Omar BOURABA. Militant associatif ACDA ;
Samir GHEZLAOUI. Doctorant en communication et Journaliste ;
Aziz CHOUAKI. Ecrivain, metteur en scène ;
Ali GUENOUN. Historien ;
Belaid ABANE. Professeur en médicine, écrivain ; 
Azedine LATEB. Doctorant
Horri DJELLOUL-NACEUR, Dr en médecine, ancien membre de la direction du PAGS
Nadir BOUMAZA, professeur émérite des Universités



Les signatures sont à envoyer à l’adresse électronique suivante :
adomichelak@gmail.com
Madame Aliki Papadomichelaki, cadre de SYRIZA & correspondante des quotidiens AVGHI et ISKRA, ainsi que de la radio TO KOKKINO

samedi 10 janvier 2015

JE NE SUIS PAS CHARLIE ! (Actualisé)


Explication : le 22 juillet 1987, le caricaturiste palestinien Naji El Ali était assassiné à Londres par un agent du Mossad. Margaret Thatcher avait fait fermer l'antenne du Mossad et expulser deux espions de Tel-Aviv. Et ce fut tout.

Le lendemain des "attentats" du 11/9, le quotidien "Le Monde" -dirigé alors par Jean-Marie Colombani- titrait en une "Nous sommes tous des Américains". Cri du coeur, cri de vérité alors que l'on ne savait encore rien des probables auteurs des attentats. Peu importe disait le journal : l'Amérique est attaquée, nous sommes avec elle, mieux nous sommes elle. C'est dire autrement qu'en dernière analyse, nous nous sentons profondément américains parce que l'Amérique, c'est notre culture, notre civilisation -les yankees ont inventé la notion de "choc des civilisations" justement pour cela, obtenir l'alignement des Européens derrière eux, contre l'Autre, l'inconnu, le barbare. Hier, le barbare était le communiste, aujourd'hui, c'est le musulman.

Aujourd'hui, on nous suggère qu'il faut dire, clamer, écrire : "Je suis Charlie". Et c'est un Philippe Val larmoyant qui a soufflé ça aux médias ! P. Val, celui qui a embringué Charlie-Hebdo dans la guerre que les néocons criminels ont déclaré à la religion musulmane sous couvert de défense de la liberté d'expression, et qui porte une responsabilité écrasante dans la dérive insensée du journal. Mais souvenons-nous comment Val a défendu la liberté d'expression de l'un de ses caricaturistes, Siné, qui avait simplement conclu ironiquement la chronique des épousailles du fils Sarközy avec l'héritière des magasins Darty par un "Il ira loin ce petit !" Gros tintamarre des médias-coolies des officines sionistes. Val s'empresse de licencier Siné qui sera encore traîné devant les tribunaux (qui le relaxeront). Liberté d'expression ? De grâce, assez de mensonges, d'hypocrisie et de lâcheté !

Pas plus qu'hier, après le 09/11, je n'étais yankee -bien au contraire, j'avais pris une mesure de rétorsion immédiate, celle de ne plus jamais acheter Le Monde-, pas plus aujourd'hui je ne suis Charlie. Être Charlie, c'est cautionner la ligne néocon du journal. Être Charlie, c'est être aux côtés de Philippe Val, de Caroline Fourrest, d'Antoine Sfeir, de Mohamed Sifaoui et de Jean-Baptiste Bothul (le philosophe que le monde envie à la France), ce qu'à Dieu ne plaise ! Être Charlie, c'est être manipulé comme l'ont été les caricaturistes de Charlie-Hebdo eux-mêmes et les Kelkal, Merah, Kouachi et consorts.

Il faut voir les choses dans leur développement. Déjà, des éléments nouveaux se sont fait jour qui ne laisseront pas d'interroger les gens qui ne veulent pas bêler avec le troupeau :

1-La voiture de police fixe -celle qui était en faction en permanence devant l'entrée de l'hebdomadaire avec deux policiers-,aurait été supprimée du dispositif de sécurité récemment. C'est Jeannette Bougrab, ancienne secrétaire d'Etat de Sarközy et compagne de Charb (Stéphane Charbonnier, directeur de Charlie-Hebdo), qui l'a dit (sur France 2).

2-Les services secrets algériens ont alerté leurs homologues français le 06 janvier de l'imminence d'un attentat à Paris. Ce qui veut dire que les services algériens ont des taupes dans ces milieux. À chacun de tirer la conclusion qui lui semble découler logiquement de cet état de faits. Personnellement, cette information me glace l'échine.

3-Le "New-York Times" a révélé que l'un des frères Kouachi a fait une formation dans un centre d'entraînement d'El Qaïda au Yémen. Cette "information" a mis les services français dans une situation embarrassante. Le ministre de l'Intérieur (sur France 2) s'est montré sceptique sur la validité de cette information. Rappelons que le New-York Times -les autochones l'appellent le "Jew-York..." - est le porte-parole de la communauté juive new-yorkaise et celui des néocons. Il s'est particulièrement distingué par son acharnement en faveur d'une intervention en Irak. Chacun en tirera les conclusions.

4-La chaîne BFM vient de révéler qu'elle a pris contact, téléphoniquement, avec les présumés auteurs des attentats contre Charlie-Hebdo et contre la supérette casher. Le plus étrange est que ces contacts ont été pris au moment où les forces de police encerclaient les présumés auteurs. La question essentielle que posait BFM était de savoir si les présumés auteurs se réclamaient d'une organisation et laquelle. C'est comme si BFM savait que les présumés auteurs n'allaient pas sortir vivants du siège et que la chaîne n'avait rien de plus urgent que de valider l'information du New-York Times. Plus urgent que de s'enquérir du sort des otages ou de conseiller aux présumés auteurs de se rendre. 

Après le choc, viennent les sentiments, bons ou mauvais ; après, viendra le temps de la raison, le temps où l'on regrette généralement de s'être laissé berner par des manipulateurs sans religion ni nation comme disent les Arabes.



vendredi 9 janvier 2015

UN ANCIEN DE CHARLIE-HEBDO PARLE




Cet article avait été mis en ligne sur ce blogue le 29 décembre 2013, sous le titre "La machine à raffiner le racisme brut". Je l'avais fait précéder d'un "chapeau" qui précisait le contexte dans lequel son auteur, Olivier Cyran, l'avait rédigé. Aujourd'hui, 9 janvier 2015, deux jours après la tuerie qui a décapité la rédaction de Charlie-Hebdo, je le remets en ligne. Tout est déjà là dans ce remarquable écrit : la dérive funeste d'un journal satirique devenu une machine de guerre néoconservatrice sous la houlette de son directeur Philippe Val, coolie d'Israël et de ses groupes de pression en France. Sarközy le récompensera en le nommant à la direction de France Inter. Les socialistes, revenus au pouvoir, ne l'ont pas viré : c'est dire qu'entre droite et gauche, il n'y a pas de différence au niveau de l'acceptation de la domination sioniste sur le pouvoir d'état. Le zèle judéophile déployé par Manuel Valls en est une illustration éloquente.
Machine de guerre néoconservatrice veut bien dire que Charlie-Hebdo a été partie prenante d'une guerre, d'une rare perfidie, celle du "choc des civilisations", concoctée à Washington et Tel-Aviv. Cette guerre prend pour cible le monde arabo-musulman pour deux raisons principales : 1) Tel-Aviv a un intérêt vital à détruire tous les états arabes en les présentant comme des barbares et en se présentant lui-même comme le poste avancé de la civilisation. 2) Washington ne supporte pas que ce monde arabo-musulman résiste à son pouvoir de séduction (soft power) et persévère dans son être.
Les deux acolytes rêvent d'un monde d'où toute diversité aurait été effacée, un monde d'individus isolés et décérébrés, des buveurs de Coca-Cola et des mangeurs de Mac-Do, auxquels il leur sera facile d'imposer leur domination. Avec un gouvernement mondial (à leur botte) siégeant de préférence à Jérusalem, comme le préconise Jacques Attali.   
De ce point de vue, la boucherie du 07 janvier apparaît d'ores et déjà comme une réédition du 11/9 : un attentat sanglant sous faux drapeau. Les jours prochains apporteront des éléments nouveaux sur l'identité exacte des assassins et de leurs commanditaires. Quoi qu'il en soit, les tireurs de ficelles auront utilisé et sacrifié des caricaturistes exactement comme ils ont utilisé et sacrifié les Khaled Kelkal, Mohamed Merah et autres.

Le dessin illustrant l'article montre à quel niveau de provocation était tombé le journal. N'en déplaise au troupeau bêlant qui sautille comme un cabri en criant "Liberté d'expression !", la notion de sacré existe encore pour certaines gens et ces gens ont le droit d'être respectés. Non, on ne peut pas tout tourner en dérision ni offenser les croyants sincères. Et dire cela participe également de la liberté d'expression.

La rédaction de Charlie Hebdo vient de faire paraître dans les colonnes du quotidien Le Monde, sous forme de tribune libre, un plaidoyer pro domo dans lequel elle se défend d'être devenue un journal raciste. Un de ses anciens journalistes, Olivier Cyran (Allemand vivant en France), lui répond. 
La méticulosité de l'argumentaire qu'il y déploie, la profondeur de l'analyse qu'il met en œuvre ainsi que la richesse de la culture qu'il convoque nous font le devoir de dire que nous avons affaire, là, à une démonstration magistrale qui fait honneur à son auteur -et au journalisme, au vrai- et pointe implacablement la dérive de l'hebdomadaire anciennement satirique vers les eaux glauques et puantes du néoconservatisme.

Ci-dessous, un florilège de citations extraites de l'article que l'on pourra retrouver dans son intégralité ici :

Je me permets d'encourager vivement les visiteurs de Braniya à le lire. Une fois cela fait, ils comprendront qu'on ne puisse pas dire que tous les journalistes sont des moutons ni que tous les Européens (les "Blancs") sont islamophobes.




"Ainsi donc Le Monde vous a charitablement ouvert son rayon blanchisserie, pour un repassage express de votre honneur tout chiffonné. À vous entendre, il y avait urgence : même plus moyen de sortir dans Paris sans qu’un chauffeur de taxi vous traite de racistes et vous abandonne les bras ballants sur le bord du trottoir...

S’il m’est arrivé à moi aussi, par le passé, de griffonner quelques lignes fumasses en réaction à tel ou tel de vos exploits, je ne me suis jamais appesanti sur le sujet. Sans doute n’avais-je ni la patience ni le cœur assez bien accroché pour suivre semaine après semaine la navrante mutation qui s’est opérée dans votre équipe après le tournant du 11 septembre 2001. Je ne faisais déjà plus partie de Charlie Hebdo quand les avions suicide ont percuté votre ligne éditoriale, mais la névrose islamophobe qui s’est peu à peu emparée de vos pages à compter de ce jour-là m’affectait personnellement, car elle salopait le souvenir des bons moments que j’avais passés dans ce journal au cours des années 1990. Le rire dévastateur du « Charlie » que j’avais aimé sonnait désormais à mes oreilles comme le rire de l’imbécile heureux qui se déboutonne au comptoir du commerce, ou du cochon qui se roule dans sa merde...

Raciste, Charlie Hebdo ne l’était assurément pas du temps où j’y ai travaillé. En tout cas, l’idée qu’un jour le canard s’exposerait à pareil soupçon ne m’a jamais effleuré. Il y a avait bien quelques franchouillardises et les éditos de Philippe Val, sujets à une fixette inquiétante et s’aggravant au fil des ans sur le « monde arabo-musulman », considéré comme un océan de barbarie menaçant de submerger à tout instant cet îlot de haute culture et de raffinement démocratique qu’était pour lui Israël...

À peine avais-je pris mes cliques et mes claques, lassé par la conduite despotique et l’affairisme ascensionnel du patron, que les tours jumelles s’effondrèrent et que Caroline Fourest débarqua dans votre rédaction. Cette double catastrophe mit en branle un processus de reformatage idéologique qui allait faire fuir vos anciens lecteurs et vous en attirer d’autres, plus propres sur eux, et plus sensibles à la « war on terror » …

Le nouveau tropisme en vigueur imposa d’abjurer le tempérament indocile qui structurait le journal jusqu’alors et de nouer des alliances avec les figures les plus corrompues de la jet-set intellectuelle, telles que Bernard-Henri Lévy ou Antoine Sfeir, cosignataires dans Charlie Hebdo d’un guignolesque « Manifeste des douze contre le nouveau totalitarisme islamique»...

À Charlie Hebdo, il a toujours été de bon ton de railler les « gros cons » qui aiment le foot et regardent TF1. Pente glissante. La conviction d’être d’une essence supérieure, habilitée à regarder de très haut le commun des mortels, constitue le plus sûr moyen de saboter ses propres défenses intellectuelles et de les laisser bailler au moindre courant d’air...

Le pilonnage obsessionnel des musulmans auquel votre hebdomadaire se livre depuis une grosse dizaine d’années a des effets tout à fait concrets. Il a puissamment contribué à répandre dans l’opinion « de gauche » l’idée que l’islam est un « problème » majeur de la société française. Que rabaisser les musulmans n’est plus un privilège de l’extrême droite, mais un droit à l’impertinence sanctifié par la laïcité, la république, le « vivre ensemble »...  

Je veux bien tâcher d’éclairer vos lanternes sur ce point : l’islam-religion-conquérante qui fait rien qu’à croquer la planète. L’islamisation de l’archipel indonésien a commencé au XIIIe siècle, quand des princes de Sumatra se sont convertis à la religion des marchands perses et indiens qui faisaient bombance dans leurs ports –non sous la contrainte, mais par désir d’intégrer un réseau commercial prospère. Plus tard, au XVIIIe siècle, ce sont les colons hollandais, chrétiens irréprochables, qui se sont arrangés pour imposer l’islam à Java, en vue de soustraire sa population à l’influence séditieuse des Balinais hindouistes. On est loin de l’imagerie du farouche bédouin réduisant à sa merci des peuples exotiques, à laquelle se résume apparemment votre connaissance du monde musulman...

Vous avez raison, arabe et musulman, ce n’est pas la même chose. Mais vous savez quoi ? Musulman et musulman, ce n’est pas pareil non plus. Sachez qu’il y en a de toutes sortes, riches ou pauvres, petits ou grands, sympathiques ou revêches, généreux ou rapiats, désireux d’un monde meilleur, réactionnaires ou même, oui, intégristes. Or, dans Charlie Hebdo, rien ne ressemble davantage à un musulman qu’un autre musulman. Toujours représenté sous les traits d’un faible d’esprit, d’un fanatique, d’un terroriste, d’un assisté. La musulmane ? Toujours une pauvre cloche réductible à son foulard, et qui n’a d’autre fonction sociale que d’émoustiller la libido de vos humoristes...

Ce qui définit la vision dominante du « racialisé », « c’est qu’il est tout entier contenu dans ce qui le racialise ; sa culture, sa religion, sa couleur de peau. Il serait comme incapable de s’en sortir, incapable de voir plus loin que son taux de mélanine ou le tissu qu’il porte sur la tête, observe sur son blog Valérie CG, une féministe pas très intéressante puisqu’elle ne vous a pas montré ses seins. Musulman devient une sorte de nouvelle couleur de peau dont il est impossible de se détacher. »...

Dans votre texte du Monde, vous invoquez la salutaire remise en cause des « si grands pouvoirs des principaux clergés », mais sans préciser en quoi l’islam – qui n’a pas de clergé, mais on ne peut pas tout savoir, hein – exerce en France un « si grand pouvoir ». Hors de la version hardcore qu’en donnent quelques furieux, la religion musulmane ne me paraît pas revêtir chez nous des formes extraordinairement intrusives ou belliqueuses. Sur le plan politique, son influence est nulle : six millions de musulmans dans le pays, zéro représentant à l’Assemblée nationale. Pour un parlementaire, il est plus prudent de plaider la cause des avocats d’affaires et de voter des lois d’invisibilité pour les femmes voilées que de s’inquiéter de l’explosion des violences islamophobes. Pas un seul musulman non plus chez les propriétaires de médias, les directeurs d’information, les poids lourds du patronat, les grands banquiers, les gros éditeurs, les chefferies syndicales. Dans les partis politiques, de gauche comme de droite, seuls les musulmans qui savent réciter par cœur les œuvres complètes de Caroline Fourest ont une petite chance d’accéder à un strapontin...

… Vous revendiquez le droit sacré de « rire » pareillement des imams, des curés et des rabbins. Pourquoi pas, si encore vous appliquiez vraiment ce principe. On oublie l’épisode Siné ou il faut vous faire un dessin ? Un constat avéré d’islamophobie, et c’est l’éclat de rire. Une mensongère accusation d’antisémitisme, et c’est la porte. Cette affaire remonte aux années Val, mais la pleutre approbation que votre patron d’alors a recueilli auprès de « toute la bande », et plus particulièrement auprès de toi, Charb, démontre que le deux poids deux mesures en vigueur à cette époque n’était pas le fait d’un seul homme. La même règle a perduré. À ce jour, me dit-on, le numéro spécial « Charia Hebdo » ne s’est toujours pas dédoublé en un « Talmud Hebdo »...

Vous vous réclamez de la tradition anticléricale, mais en feignant d’ignorer en quoi elle se différencie fondamentalement de l’islamophobie : la première s’est construite au cours d’une lutte dure, longue et acharnée contre un clergé catholique effectivement redoutable de puissance, qui avait – et a encore – ses journaux, ses députés, ses lobbies, ses salons et son immense patrimoine immobilier ; la seconde s’attaque aux membres d’une confession minoritaire dépourvue de toute espèce d’influence sur les sphères de pouvoir...  

« Encoder le racisme pour le rendre imperceptible, donc socialement acceptable », c’est ainsi que Thomas Deltombe définit la fonction de l’islamophobie, décrite aussi comme une « machine à raffiner le racisme brut » ."



jeudi 8 janvier 2015

LA TUERIE DE CHARLIE-HEBDO AUTREMENT VUE




Ce qui suit est un florilège de citations d'articles glanés sur la Toile concernant la tuerie perpétrée au siège du journal satirique Charlie-Hebdo. L'empathie -personnellement, j'avais rencontré le jeune Tignous au début des années 90, au Centre culturel français d'Oran, et il m'était apparu très sympathique-, l'empathie, dis-je, n'empêche pas de réfléchir et, pour cela, de garder la tête froide. L'onde de choc de ce carnage contribuera à alourdir un climat déjà détestable, fait de délire anti-musulman sans cesse alimenté par les mêmes officines, les mêmes "experts", les mêmes médias, les mêmes femmes et hommes politiques qui s'évertuent à faire croire qu'ils ne font que critiquer une religion quand tout leur discours transpire la haine de l'Arabe. La paranoïa anti-musulmane est une "machine à recycler" le bon vieux racisme anti-arabe dont certains partis politiques et autres organisations ne se cachent même plus. La preuve ? Ceux qui alimentent sans désemparer cette paranoïa sont ceux-là mêmes qui manifestent bruyamment leur admiration et leur servilité à l'égard de l'état juif. Voilà comment il faut traiter les Arabes ! comme la Haganah et l'Irgoun ont traité ceux de Deir Yassine, comme l'état juif traite Gaza. 
Les éclairages apportés par les citations qui suivent permettront de penser plus juste. Cela étant, je suis d'accord avec Jacob Cohen (cf son article ci-dessous) pour dire que le malheur a frappé à la porte de Charlie-Hebdo, le jour où Philippe Val en a pris les rênes.



"Ce n’est pas au Caire, à Riyad ou à Kaboul que l’on prône le "choc des civilisations", mais à Washington et à Tel-Aviv.

Les commanditaires de cet attentat savaient qu’il provoquerait une fracture entre les Français musulmans et les Français non-musulmans. Charlie Hebdo s’était spécialisé dans des provocations anti-musulmanes et la plupart des musulmans de France en ont été directement ou indirectement victimes. Si les musulmans de France condamneront sans aucun doute cet attentat, il leur sera difficile d’éprouver autant de peine pour les victimes que les lecteurs du journal. Cette situation sera perçue par certains comme une complicité avec les meurtriers.
C’est pourquoi, plutôt que de considérer cet attentat extrêmement meurtrier comme une vengeance islamiste contre le journal qui publia les caricatures de Mahomet et multiplia les "unes" anti-musulmanes, il serait plus logique d’envisager qu’il soit le premier épisode d’un processus visant à créer une situation de guerre civile.
L’idéologie et la stratégie des Frères musulmans, d’Al-Qaïda et de Daesh ne préconise pas de créer de guerre civile en "Occident", mais au contraire de la créer en "Orient" et de séparer hermétiquement les deux mondes. Jamais Saïd Qotb, ni aucun de ses successeurs, n’ont appelé à provoquer d’affrontement entre les musulmans et les non-musulmans chez ces derniers.
Au contraire, la stratégie du "choc des civilisations" a été formulée par Bernard Lewis pour le Conseil de sécurité nationale états-unien, puis vulgarisée par Samuel Huntington non plus comme une stratégie de conquête, mais comme une situation prévisible. Elle visait à persuader les populations membres de l’Otan d’un affrontement inévitable qui prît préventivement la forme de la "guerre au terrorisme".
Nous devons nous souvenir que, depuis le démembrement de la Yougoslavie, l’état-major états-unien a expérimenté et mis en pratique dans de très nombreux pays sa stratégie des "combats de chiens". Elle consiste à tuer des membres de la communauté majoritaire, puis des membres des minorités en renvoyant les responsabilités dos-à-dos jusqu’à ce que chacun soit convaincu d’être en danger de mort. C’est de cette manière que Washington a provoqué la guerre civile aussi bien en Yougoslavie que dernièrement en Ukraine."

Thierry Meyssan


"...Charlie Hebdo, journal satirique, anarchiste, révolutionnaire, caustique, ennemi de tous les pouvoirs et dénonciateur de tous les abus … a été pris en otage par un certain Philippe Val, qui avait des casseroles à se faire pardonner, et qui s’est mis au service de BHL, transformant Charlie Hebdo en organe pro-sioniste, dénigrant les Arabes et en particulier les Palestiniens, adorant le CRIF et ses valets, poussant sa logique jusqu’à reprendre la bannière de l’islamophobie gratuite et délirante, vomissant tout ce qui représentait l’islam ou les musulmans.
La morale de l’histoire, et on peut étendre ce principe à d’autres collabos, Philippe Val a été nommé directeur de France Inter. Et Charlie Hebdo a poursuivi dans cette belle voie de la collaboration avec les puissants du moment, ce qui lui a apporté soutiens financiers médiatiques et politiques.Ce n’est pas la 1ère fois que le lobby judéo-sioniste réussit à "retourner" un organe de presse, comme on "retourne" un espion. Je citerai 2 exemples qui me semblent particulièrement révélateurs. D’abord Les Lettres Modernes, revue créée après la guerre par Jean-Paul Sartre et qui représentait le summum de la réflexion anti-impérialiste. Revue reprise par Claude Lanzmann, l’auteur du film Shoah qui lui a rapporté des millions, et qui en a fait un torchon au service du sionisme. L’autre exemple c’est Libération sur lequel je ne m’étendrai pas tellement sa collusion avec le sionisme est flagrante et sa haine de l’islam incommensurable.
Ces campagnes de propagande islamophobe et de soutien à l’Amérique et à Israël ont pour conséquence de créer un climat détestable et de susciter des pulsions de violence et de revanche aveugle. Ce que l’on reproche généralement au "terrorisme"."

Jacob Cohen


"Depuis 2011, la France sarkozyste, puis hollandaise, s’est engagée dans une entreprise nauséabonde de soutien explicite au terrorisme wahhabite, le même qui entache le nom même de l’islam. Par simple appât de gain, pour quelques milliards de pétrodollars, les ministres français ont fait de Riyad et de Doha leurs temples, tournant le dos aux idéaux que la France non-américanisée des années 50-60 défendait encore ! Paris a voué aux gémonies la Syrie, ce pays dont la population lui vouait, elle, amour, intérêt et respect..
Les traîtres à l’État syrien ont été hébergés sur le sol français, la France a favorisé le trafic d’armes à destination des terroristes takfiris et s’est alignée systématiquement sur la ligne belliciste d’une Turquie néo-ottomane, d’un Qatar fou des Frères et enfin d’une Arabie assoiffé du sang des non-wahhabites... La France s’est rendue complice des atrocités commises tour à tour en Libye, en Syrie, en Irak...
Alors qui a tué les caricaturistes de Charlie Hebdo ?"

http://french.irib.ir/info/international/item/354944-qui-a-tu%C3%A9-les-caricaturistes


"La fabrication médiatique du "problème musulman" –érigé en "problème de civilisation" par Alain Finkielkrautfavorise une libération de la parole raciste et une stigmatisation des musulmans et de leurs pratiques religieuses avec la bénédiction des journalistes du système. Le battage médiatique autour du dernier roman de Michel Houellebecq, ouvertement islamophobe, la complaisance des médias vis-à-vis des dérapages d’Alain Finkielkraut, l’islamophobie déclarée de certains journalistes, l’hostilité rencontrée par un mouvement qui prône la réconciliation avec les populations issues de l’immigration post-coloniale montrent que la classe politico-médiatique dans sa majorité encourage le rejet des musulmans. On peut être surpris de cette tolérance vis-à-vis d’opinions discriminatoires et parfois même racistes surtout au regard de la censure qui frappe impitoyablement les critiques, même mesurées, de la politique israélienne.

Nicolas Bourgoin
bourgoinblog.wordpress.com


"Alors, l’union sacrée de tous les citoyens contre le terrorisme, pour imposer le pacte de responsabilité, la loi Macron et le Gender à l’école ?
Disons le : l’ennemi de la France, de son peuple, de sa paix, de sa grandeur, de sa prospérité c’est d’abord et avant tout ce gouvernement de guerre civile, vomi par les plus larges masses, et qui veut se servir de ces assassinats monstrueux pour instaurer sa dictature policière."


Félix Nische

http://petitimmonde.blogspot.fr/2015/01/bal-tragique.html

jeudi 1 janvier 2015

MAIS QUI ÉTAIT DONC 'ABDELHAFID BOUSSOUF ? (ACTUALISE)


Mohamed Oufkir

Le 31 décembre 1980 à Paris, 'Abdelhafid Boussouf était foudroyé par une crise cardiaque à l'intérieur d'une cabine téléphonique. Il avait 54 ans. Ainsi disparut l'homme qui fit assassiner 'Abane Ramdane et fit disparaître son cadavre, l'homme qui passe pour être l'inventeur du MALG, le Ministère de l'armement et des liaisons générales, structure d'espionnage et d'écoute durant la guerre d'indépendance qui donnera la Sécurité Militaire -la police politique qui règne sans partage sur l'Algérie

34 ans après sa mort, on ne sait rien ou presque sur lui. Les écrits et les témoignages oraux qui lui sont consacrés sont autant de péans naïfs et serviles troussés à sa gloire, bien dans une certaine tournure d'esprit nationaliste incapable de prendre la moindre distance critique avec son sujet. Pour ses thuriféraires, la cause est entendue : Boussouf était tout simplement un génial stratège qui a roulé dans la farine -excusez du peu- les services de renseignement français -en les espionnant grâce à un système d'écoute établi à leur nez et à leur barbe-, les Moukhabarates égyptiennes (leur chef, le major Fethi Dib, reconnaît que ses services ont démantelé une structure de Boussouf dans les quartiers chics du Caire mais il s'agissait d'une villa où les agents de Boussouf séquestraient et torturaient des Algériens) et les services secrets marocains, le CAB1, ancêtre de la DST marocaine ! Ces derniers n'auraient rien vu à la véritable industrie d'armement que le génial stratège aurait édifiée sous leur nez -et jusque dans les centres de villes comme Kenitra ! Assurément, il y a de quoi faire pâlir d'envie l'Orchestre Rouge (le célèbre réseau d'espionnage soviétique durant la Seconde Guerre mondiale) !

Lorsque le conseil de la zone V (future wilaya V) décida de planquer le commandement de la zone au Maroc, nous étions en 1955. Ce conseil ne comprenait alors plus que Benmhidi et Boussouf, Benabdelmalek Ramdane ayant été tué le 1er novembre et Hadj Benalla -le seul Oranais-, arrêté.


[La main-mise des "gens de l'est" est  un thème présent depuis le 1er novembre 1954, lorsque les dirigeants du PPA-MTLD oranais -Hammou Boutlélis, Hadj Benalla, Lahouari Souyah, Ahmed Bouchaïb, Zeddour-Brahim Belkacem…- ont été supplantés par les Boussouf, Benmhidi, Abdelmalek Ramdane..., tous de l'est du pays et réfugiés dans l'Oranie après le démantèlement de l'Organisation Spéciale (l'OS). Rappelons que le coup de filet de la police contre l'OS (1949) a eu pour origine la trahison d'un militant de Tébessa, passé à l'ennemi parce que terrorisé par son chef, Benmostfa Benaouda. Pour donner le change, le 3° chef de la W5, Mohamed Boukharrouba, également de l'est, se choisira un sobriquet adapté : Houari (saint patron de la ville d'Oran) Boumédiène (saint patron de la ville de Tlemcen). Ce choix à soi seul prouvait qu'il y avait problème. D'ailleurs, les deux derniers chefs de la W5 seront choisis parmi les Oranais : Benali Dghine-Boudghène Lotfi (Tlemcen) et Bouhadjar Benhaddou Othmane ('Aïn-Témouchent).] 


Cette décision exceptionnelle (aucune autre zone-wilaya combattante ne sera planquée hors d'Algérie) et qui aura des conséquences incalculables, a été prise par qui au juste et quand précisément ? L'on peut s'interroger sur le pourquoi d'une telle décision. Le motif principal en serait la nature du terrain, géographique et humain : quasi-absence de relief et grosse présence européenne. Ce motif ne tient que pour celui qui n'a qu'une vision étroitement militariste de la lutte. On peut, en effet, imaginer d'autres formes de lutte possibles dans un milieu urbanisé. Mais il est légitime d'invoquer une autre raison : les chefs de la zone V étant tous "hors sol", ils n'étaient pas poissons dans l'eau. (Cf l'erreur abondamment commentée du Che dans sa tentative d'implanter la guerilla en Bolivie). Cela explique mieux pourquoi, pour les chefs de la zone V, il était préférable d'établir le commandement de la zone au Maroc -pourtant protectorat français !- plutôt que dans les monts de Tlemcen, par exemple... 


Le Maroc était, en effet, un protectorat français avec à sa tête un Résident général. Le commandant suprême des forces armées françaises au Maroc n'était autre que le boucher du 08 mai 1945 en Algérie, le général Duval. Comme attaché à son cabinet, il disposait des services d'un homme très précieux, un officier de l'armée française, héros de la campagne d'Italie aux côtés du maréchal Juin, abondamment décoré et cité, baroudeur durant la guerre d'Indochine, le colonel Oufkir.

Fils d'un Pacha (élevé à cette dignité par Lyautey), Mohamed Oufkir fut un brillant élève des écoles militaires et non moins brillant officier de l'armée française. Ses états de service sont, en effet, impressionnants et lui valurent la croix de guerre 1939-45 avec palme et étoile de vermeil, la croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieures avec quatre palmes et deux étoiles de vermeil, la distinction de chevalier puis d'officier de la Légion d'honneur, la Silver Star de l'armée US… -Cf sa fiche Wikipedia-. (Mehdi Ben Barka qualifiera ces médailles de "quincaillerie d'un mercenaire indigne", ce qui lui vaudra la haine tenace d'Oufkir.)


Oufkir avait une autre corde à son arc : il était, en effet, spécialiste du renseignement et c'est d'ailleurs à ce titre qu'il officiait dans le cabinet du général Duval. C'est Oufkir qui mettra en place les services secrets marocains, dans un premier temps sous le mandat français où il sera le responsable de la DST, puis dès l'indépendance du Maroc, quand il créera le CAB1 et la DST marocaine. Dès le retour du roi Mohamed V (novembre 1955), la France l'imposa comme aide de camp du souverain. Pris entre la volonté du roi d'aider les Algériens en guerre et sa fidélité d'officier à l'égard de la France, Oufkir sut naviguer entre ces exigences contradictoires. Au roi, il offrit la neutralisation de l'armée de libération nationale marocaine de Fqih Basri ainsi que des partis politiques d'opposition comme l'Istiqlal et l'UNFP. Il lui offrit également -et ce n'est pas peu- une armée, les Forces Armées Royales, les FAR, qu'il édifia en un temps record.


À la France, qu'offrit-il ? Là est la question. Le principe de la réponse se révélera, cependant, de lui-même au fur et à mesure du rappel des événements. Retenons qu'Oufkir est l'homme le plus puissant et le mieux informé du Maroc au moment où l'état-major de la zone-wilaya V s'y installe. Obéissant au roi, Oufkir offre son aide multiforme aux Algériens : aide logistique, financière ainsi qu'aux plans de la formation et du renseignement. On peut aisément conjecturer, connaissant le personnage et ses allégeances, que la France ne fut pas laissée dans l'ignorance de ces choses. Dans de telles circonstances, comment prêter foi -ne serait-ce qu'une minute- aux légendes sur la mystification par le génial Boussouf des autorités marocaines et françaises ? Ne serait-ce pas plutôt lui, Boussouf, qui aurait été mystifié et instrumentalisé à son insu ?


En effet, entre un officier français rompu à l'art militaire et au Renseignement, disposant de la logistique d'un État entier et un militant clandestin dénué de tout moyen, il n'est pas difficile de répondre à la question. Les thuriféraires de Boussouf se sont-ils jamais posés cette simple question de bon sens : de qui Boussouf tiendrait-il cette "science" de la stratégie qu'on lui prête si volontiers ? On ne sache pas, en effet, qu'il ait fait quelque école militaire (a-t-il seulement fait son service militaire?) ni si ses lectures (lesquelles ? On dit qu'il se serait intéressé à la psychologie?) lui ont profité dans ce domaine. À moins, évidemment, qu'il n'ait eu la science infuse. (Lénine se moquait de ce qu'il nommait la "comvantardise", cette propension de certains communistes à surestimer leur génie propre; qui pour railler "l'algérovantardise" ?).


D'aucuns répondront qu'il a su s'entourer d'hommes compétents. La liste de ses collaborateurs montre qu'à part le commandant Omar Tellidji (déserteur de l'armée française au Maroc et spécialiste radio) personne n'était versé dans les choses du renseignement et des télécommunications. Avec quels hommes, justement, Boussouf a-t-il bâti son service de renseignement ? Une indication essentielle nous est donnée par les réponses du colonel Ali Hamlat (un vétéran du MALG) aux questions à lui posées par le colonel de la SM, M.C. Mesbah, dans le journal Le Soir1. La première promotion des cadres de la W5 (dite Larbi Benmhidi) comptait 72 personnes, toutes issues de la diaspora algérienne au Maroc : "...familles de réfugiés, de fonctionnaires au service du gouvernement marocain (NB : qui peut douter qu'Oufkir aurait raté cette belle occasion d'infiltrer ses agents ?) ou, accessoirement, de commerçants et d’agriculteurs établis au Maroc de longue date. La petite bourgeoisie, pour utiliser une formulation marxiste"



Et de citer quelques noms : "Hadjadj Malika, Miri Rachida, Saliha Ould Kablia, Hamid Ghozali, Abdessmed Chellali, Berri Mustapha, Mohamed Semache, Kerzabi Smail, Abdallah Khalef (Merbah), Abdelkader Khalef, Mustapha Khalef, Ali Tounsi, Ahmed Zerhouni, Hadj Azzout, Mohamed Laâla, Chérif Belkacem, Abdelaziz Maoui, Noureddine Delleci, Abdelhamid Temmar, Abdallah Arbaoui, Hassen Bendjelti, Ahmed Bennai, Sid-Ahmed Osman, Abderrahim Settouti, Khelladi Mohamed, Boualem Bessaïeh, Mohamed Morsly, Youb Rahal, Mustapha Moughlam..."

On aura reconnu les noms de ceux qui formeront l'ossature du pouvoir de Boukharrouba (alias Boumédiène).





Autre indication très intéressante : le directeur du stage était Laroussi Khélifa. Cet ingénieur agronome, sous-préfet à Versailles, était arrivé au Maroc au volant de sa voiture en compagnie de sa femme, une citoyenne française, après avoir traversé la France et l'Espagne, pour se mettre au service de la W5. Pourquoi la W5 ? Pour un natif de 'Aïn-Beida (Aurès), il eût été plus normal qu'il se mette à la disposition de la W1. Peut-être parce que la W5 était aux mains des Algériens de l'est ? Passons… La première chose que Boussouf lui demandera fut de divorcer d'avec sa femme. Ce qu'il fit. Il deviendra un intime de Boussouf et sera son directeur de cabinet au GPRA. Mais lorsque Boussouf perdra son influence, Laroussi Khélifa passera à Boukharrouba, qu'il trahira au profit de Zbiri (lors de la tentative lamentable de coup d'état de ce dernier, en décembre 1967). La pomme ne tombe jamais loin du pommier, comme dit le proverbe russe et Laroussi Khélifa sera condamné à une peine de prison somme toute bien légère au regard de ce que subiront d'autres conjurés.

Boussouf & Boukharrouba

[Cf, à ce titre, les chroniques du commandant Lakhdar Bouregaa -baroudeur de la W4- sur ce qu'il a subi dans la sinistre "prison" de Sidi-Houari, à Oran. Le choix de Sidi-Houari pour y installer la soi-disant "cour révolutionnaire" (dirigée par le colonel Benahmed, chef de la V° Région militaire, et  le commandant Draïa, directeur général de la sûreté nationale) ainsi que pour y enfermer les opposants dans des conditions inhumaines, témoignerait, selon certains, d'une décision calculée : infliger à Oran, censée acquise à Benbella, un camouflet violent et rappeler aux ennemis politiques qu'il n'y avait qu'un seul maître en Algérie, Houari. (A ceux qui estimeraient l'explication tirée par les cheveux, rappelons le jugement de Frantz Fanon sur Boukharrouba : "Il leur réglera leur compte à tous. Chez lui, l'ambition tient de la pathologie" (1960). Rappelons également qu'Oran devait traîner un autre stigmate : son parc municipal omnisport avait été débaptisé Stade du 19 Juin.]

Un épisode encore inexpliqué concerne justement Boukharrouba. Boussouf l'a condamné à mort pour une raison (encore) inconnue (mais Boussouf savait-il condamner à autre chose qu'à mort, qu'il énonçait ainsi : "Eddouh lelqahira" - Emmenez-le au Caire?)*. Boukharrouba s'est alors réfugié chez Messaoud Zeggar (alias Rachid Casa) à Casablanca. On peut légitimement s'interroger sur l'attitude et le rôle d'Oufkir dans cette affaire et se demander si ce n'est pas lui qui a sauvé Boukharrouba de la mort. (Quand Boussouf avait quelqu'un dans le nez, il ne fallait pas attendre de lui qu'il puisse faire preuve de clémence comme en atteste un événement bien documenté que constitue l'assassinat de 'Abane Ramdane.)


En effet, la suite des événements montrera que Boukharrouba était très proche d'Oufkir à qui il a donné sans aucun doute son assentiment au projet de coup d'état que ce dernier préparait contre le roi Hassan II (1972) et qui échoua, lui coûtant la vie. On en veut pour preuve ce que rapporte le fils d'Oufkir dans son livre2: un émissaire secret de Boukharrouba est venu présenter ses condoléances à la veuve d'Oufkir et lui offrir de se réfugier en Algérie. Y a-t-il preuve d'amitié plus grande ? Et a-t-on suffisamment noté la continuelle dégradation des relations algéro-marocaines depuis l'assassinat d'Oufkir?



[A quelques semaines de la proclamation de l'indépendance, des djounouds de Boukharrouba commandés par Tayebi Larbi, investissent le centre des données de la DVCR, -division de la vigilance et du contre-renseignement, le saint des saints des services spéciaux de l'ALN, la structure chargée de ficher tout le monde et d'espionnerà Rabat et emportent toutes les archives. Idem pour le centre de Tripoli (plus important lieu de stockage des archives du MALG), dont le chef, 'Abdelkrim Hassani, passe à Boukharrouba en mettant tous ses documents à la disposition du chef de l'état-major général (EMG). Apparemment, Boukharrouba craignait par-dessus tout que les archives du MALG ne tombent en d'autres mains que les siennes...]



Alors ? Oufkir parrain de Boussouf, de Boukharrouba ainsi que de tout l'aréopage de la W5 ? Sans aucun doute. Même si ce fut à leur insu -ce qui est difficile à croire tant la méfiance de Boussouf et de Boukharrouba était un fait établi. 


En tout état de cause, et c'est là la donnée décisive pour accéder à l'intelligence générale de cette séquence historique, il suffit de considérer la principale leçon que nous administre l'histoire de l'Algérie indépendante : l'irrésistible montée en puissance des officiers algériens issus du cadre français les Chabou, Zerguini, Boutella, S. Hoffman, Idir, L. Belkheir, Guenaïzia, Nezzar, Latrèche, Khelil, Chelloufi, Bekka, Allahoum, Saadi, Médiouni, Touati, Lamari…, les fondateurs de l'Armée nationale populaire et maîtres véritables du pays. 




[Durant l'année scolaire 1961-62 (cf Oran, 5 juillet 62), j'eus pour collègue un Algérien, bachelier mathélem, qui se tourna dès l'indépendance vers l'armée. Il fit partie du premier contingent de pilotes de chasse formés sur MIG, en Bulgarie. Lors de la (lamentable) tentative de coup d'état de T. Zbiri (décembre 1967), l'unité de mon ex-collègue cantonnait à Boufarik. Mise en alerte, elle reçut la visite du commandant Slimane Hoffman qui s'adressa aux pilotes, pistolet au poing : Vous allez me détruire ces chars ! Le premier d'entre vous qui se défilera ou reviendra sans avoir largué ses bombes, je l'abattrai de mes propres mains !
C'est, mot pour mot, ce que m'a dit mon ex-collègue quand nous nous sommes retrouvés dans les années 80. Il avait pris congé de l'armée pour raisons de santé et il m'a avoué que depuis la destruction de la colonne blindée à El-Affroun, il avait sombré dans une grave dépression dont il n'était pas encore sorti, le spectacle des chars fracassés et des civils innocents tués ne le quittant plus.
On voit bien, à travers cette anecdote, qui se tenait derrière Boukharrouba.]


Autrement dit, ce que la France a fait au Maroc -en plaçant Oufkir et ses hommes aux postes stratégiques de l'État-, elle l'a réédité avec l'Algérie. C'est aussi simple que cela. Sinon, pourquoi De Gaulle aurait-il donné l'ordre d'ouvrir les portes à l'armée des frontières à l'indépendance, donc à Boukharrouba et à ses hommes ? L'amiral Philippe De Gaulle a, du reste, répété à maintes reprises que son père avait placé des milliers d'éléments fidèles à la France dans les rangs de l'Insurrection. (Ce qui lui a valu, d'ailleurs, d'être cité en justice par des organisations... d'enfants de harkis !)
Qui, aujourd'hui, songerait à nier ces faits 


[P.S. Des historiens ont avancé que les sicaires de Boussouf qui ont étranglé 'Abane Ramdane étaient en réalité des agents du CAB1 (la DST marocaine), des hommes d'Oufkir, en d'autres termes. De même que la ferme où ils ont accompli leur forfait serait un ancien camp désaffecté ayant appartenu aux services secrets français. Des internautes citent parmi ces historiens un ancien officier français ayant appartenu au 11° Choc, unité d'élite des services secrets. Les références exactes manquent encore. Cependant, un fait troublant peut être affirmé : la disparition du corps de 'Abane n'est pas sans rappeler celle du cadavre de Mehdi Benbarka, dont une des thèses dit qu'Oufkir l'aurait fait dissoudre dans de l'acide. Aurait-on affaire au même modus operandi ? Bien sûr, cela rappellera également à beaucoup la séquestration du cadavre de 'Amirouche par Boukharrouba.]



*En 1963, dans le bateau qui me faisait faire la traversée de Malaga à Melilla, j'ai fait la connaissance de deux Algériens qui me parlèrent de leur chef qui affectionnait cette expression. Il s'agissait évidemment de deux " Boussouf's boys" qui étaient comme chez eux à Melilla, comme je ne manquerai pas de le remarquer, l'un d'entre eux étant même le "petit ami" de la fille du riche patron du plus luxueux hôtel-restaurant-dancing de la ville. Le jeune homme de 20 ans que j'étais n'a pas oublié cette expression : "Eddouh lel Qahira".

1- http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/06/23/article.php?


2- Raouf Oufkir – Les Invités, 20 ans dans les prisons du Roi – Flammarion – Paris – 2003